• Black Mirror et les nouvelles technologies

    Quoi de mieux pour relancer cette rubrique et dynamiser un peu ce blog que de de vous parler de cette série électrisante et perturbante, riche, hypnotisante, et profonde qu'est Black Mirror ? Cette série télévisée Brittanique, créée par Charlie Brooker et produite par la BBC, puis par Netflix, a défrayé la chronique. Avec quatre saisons à son actif, elle reprend le motif de la science-fiction pour son but initial : questionner l'homme et son avenir.

     

    Black Mirror et les nouvelles technologies

     

    Vous l'aurez compris, cette série parle des nouvelles technologies : vous y trouverez donc robots, puces de mémoire, réalités virtuelles, simulation informatique, réseaux sociaux, jeux vidéo, télé-réalité, implants sensoriels, et j'en passe. Chaque épisode présente une situation, une réalité différente, plus ou moins éloignée de la notre, où la technologie va dérailler d'une manière ou d'une autre. On passe en revue tous les genres : enquête, épouvante, dystopie, romance, thriller... Et c'est extrêmement perspicace sur notre monde d'aujourd'hui : sur la confiance que nous accordons à des machines ou des gadgets, sur la place du virtuel dans nos vies, sur la manière dont les réseaux sociaux influent notre manière de penser.

     

    Black Mirror et les nouvelles technologies

     

    C'est violent, brutal, perturbant aussi. Certains épisodes m'ont complètement retournée, au point de ne penser plus qu'à ça. C'est le cas de l'épisode dont je tire le gif ci-dessous, que j'appellerais "L'épisode de la télé-réalité". Si vous ne voulez pas vous lancer dans quelque chose qui pourrait vous mettre mal, sachez que la tonalité varie beaucoup d'un épisode à l'autre. Gosso modo, je dirais que les saisons 1 et 2, produites par la BBC, sont bien plus perturbantes que la troisième (et, je suppose, la quatrième, bien que je n'en aie vu qu'un épisode pour le moment). La saison 3 joue beaucoup sur la tension et l'épouvante, mais dans des codes assez habituels (course-pousuite par exemple, ou jeu vidéo d'horreur) ; alors que certains épisodes des saisons 1 et 2 ne sont pas spécialement effrayants dans l'histoire qu'ils racontent, mais le sont assurément par la manière dont ils sont racontés. Leur réalisme est tel qu'il nous fait froid dans le dos... A défaut d'être effayants, ils sont... Perturbants, et bien plus que ceux de la saison 3 Ils font écho à notre vie, transforment ce qu'on considère comme habituel, et nous restent en tête. [Mais personnellement, je préfère la saison 3, très riche en différentes tonalités, différents univers, et qui ressemble bien plus à un divertissement :3]

     

    Black Mirror et les nouvelles technologies

     

    Je voudrais maintenant, chers amis, analyser un peu plus en profondeur l'un des épisodes. Afin que vous voyiez un peu la richesse des questions que cette série peut poser en un seul épisode. Alors, pour ceux qui n'ont pas envie de se faire spoiler, arrêtez-vous ici ; mais comme chaque histoire est indépendante, et qu'il y en a quand même pas mal, je pense que vous en raconter une n'est pas la fin du monde...

     

     

    Saison 3 épisode 6 - Haine Virtuelle (Hated in the Nation)

    Black Mirror et les nouvelles technologies

     

    La journaliste Jo Powers, auteure d'un article virulent contre une militante handicapée, est retrouvée morte chez elle. Sa gorge est tranchée, et la pièce montre de nombreux signes de lutte. L'agent Karin Parke doit collaborer, pour l'enquête, avec Blue Corson, ancienne spécialiste du crime informatique. L'autopsie révèle la cause de la mort : une abeille robotique, de celles qui ont envahi les champs pour poliniser les fleurs à la place des véritables abeilles de plus en plus rares, est entrée dans l'oreille de la journaliste et s'est engouffrée dans son cerveau : une torture si intense que la femme s'est débattue, a frappé les meubles et a fini par se trancher la gorge. Mais Blue persiste à croire que quelque chose cloche : elle s'intéresse aux réseaux sociaux, sur lesquels affluait une énorme quantité de haine et d'insultes envers Jo Powers, et repère notamment la récurrence du #DeathTo suivi du nom de la journaliste. Peu de temps après, on retrouve un rappeur mort de la même manière, lui aussi ayant fait l'objet d'une violente haine virtuelle après qu'il se soit moqué d'un enfant sur un plateau TV, et lui aussi cité dans le #DeathTo. Blue poursuit son enquête et découvre le vieux post d'une organisation qui prétend "Faire payer aux gens le prix de leurs actes". Chaque jour à 17h, la personne arrivée en tête du #DeathTo est tué. Le ou les tueurs piratent et détournent une des abeilles robot pour la faire attaquer la personne en question. 

    Les deux femmes décident alors de protéger la femme qui arrive, pour l'instant, en tête du hashtag : Clara Meades, qui a publié une photo d'elle faisant semblant d'uriner sur un mémorial. Or, la personne qui arrive seconde de ce hashtag est le Ministre de la Finance, qui s'offusque de ne pas être protégé en priorité. Les deux enquêtrices tentent de repousser les abeilles qui attaquent en masse la maison où s'est réfugiée Clara Meades, mais celle-ci est tout de même tuée. Blue comprend alors que les abeilles sont utilisées pour la reconnaissance faciale des victimes, ce qui veut dire que les drones sont utilisés par le gouvernement pour surveiller la population

    Enfin, le tueur est identifié : il s'agit de Garrett Scholes, un des développeurs de drones qui se bat contre la mise en danger de la liberté d'expression à l'ère des réseaux sociaux. Alors que l'étau de la police se resserre contre lui, Scholes prend peu à peu le contrôle de tous les drones du Royaume-Uni. On se rend compte, alors, qu'il ne vise pas réellement les victimes (responsables de bad buzz sur les réseaux sociaux), mais les bourreaux : tous ceux qui ont reposté, mis en ligne, partagé le #DeathTo ; même si la plupart ne savait pas que cette personne serait réellement mise à mort, sont attaqués par les abeilles et tués. 

    ~ Maintenant que cela est mis en place - bien que je vous suggérerais tout de même de regarder l'épisode -, passons à son analyse, qui montre toute la richesse de cette série !

     

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    Tout d'abord, d'un point de vue purement de forme. Cet épisode, comme plusieurs autres des saisons 3 et 4, joue sur l'épouvanteet il parvient à élever la tension et à nous faire peur comme il faut, jusqu'à ce qu'on ne regarde plus les insectes pareil (Le lendemain du jour où j'ai regardé cet épisode, une abeille est entrée chez nous... ON ÉTAIT FIN NOVEMBRE o_O). Un autre aspect que j'aime bien dans cet épisode, même s'il ne devrait pas être mentionné, c'est la forte présence de femmes, dans des rôles d'importance :) Bon, dans la série en général, il doit y avoir autant de femmes que d'hommes, c'est cool. Ça paraît un peu déplacé que je le dise ici, mais j'avais quand même envie d'en parler :)

    Maintenant, passons au vif du sujet : Les questions que cet épisode pose, sur la technologie et surtout sur la société. 

    En premier lieu, il y a les drones. Ces petites abeilles automatisées travaillent plus vite, plus longtemps que des abeilles vivantes, elles ne se fatiguent pas et peuvent être géolocalisées et contrôlées à distance. Elles viennent polliniser les fleurs, ce qui permet à la biodiversité et à toute la chaîne alimentaire malgré la quasi-disparition de cette espèce clé. Les progrès actuels tendent en effet vers l'insertion de ces petits robots, qui permettront notamment de créer volontairement des espèces hybrides (plus résistantes par exemple), ou de surveiller les véritables abeilles pour s'y adapter. (Voir articles de Février 2017 : maxisciences, Sciences et Avenir) Mais comme tous les objets automatisés et connectés, ces petits drones posent problème. Déjà pour l'utilisation qui en est faite dans l'épisode : détournées par des hacker, ces abeilles peuvent devenir tueuses. Le cas de l'abeille tueuse, qui peut paraître un peu extrême, n'est qu'un exemple d'utilisation détournée que l'on peut faire des objets connectés (et comme de plus en plus d'objets le sont, cela met notre sécurité en danger... J'en reparlerai peut-être une autre fois). Autre exemple d'utilisation "malveillante" dans l'épisode : les drones, équipés de caméra, surveillent la population en même temps qu'ils font leur travail. La vidéosurveillance est essentielle à la sécurité, mais (la question se pose déjà aujourd'hui), un abus de celle-ci peut très bien devenir un outil de contrôle de la population dans un état totalitaire, et met en question la liberté des citoyens. 

     

    Résultat de recherche d'images pour "Black Mirror Haine Virtuelle"

     

    En second lieu, il y a les réseaux sociaux. Cet épisode dénonce clairement ceux-ci comme un espace de déversement de haine, un tribunal arbitraire où le jugement est biaisé. Le postulat de départ - tuer ceux qui font un mauvais buzz en raison de leurs actes honteux - est déjà très intéressant : il montre les atrocités que les gens peuvent proférer dans notre société déshumanisée, derrière les barrières artificielles de la télévision ou des réseaux sociaux. On dit souvent que les gens se masquent dans l'anonymat, mais ce n'est même pas ça : le rappeur par exemple est condamné pour ses propos à la télévision, et Jo Powers comme Clara Meades assument leurs actes et les signent de leur nom. C'est plutôt que, sur les réseaux sociaux, ou à la télévision, une certaine violence est tolérée, elle ne choque pas dans ce contexte de surconsommation et de zapping. 

    Mais le retournement de situation est encore plus intéressant : Garrett Scholes s'attaque finalement à tous ceux qui ont partagé le hashtag #DeathTo, conduisant à mort ces auteurs de bad buzz. Ce sont eux qui légitiment ces meurtres, ces anonymes qui se noient dans la masse et qui n'ont pas conscience de la portée de leurs actes. A travers eux, on dénonce l'influence de la violence sociale, qui se propage bien plus vite sur les réseaux sociaux, et la vocation de ceux-ci à devenir un tribunal populaire et arbitraire, où l'on condamne n'importe qui pour n'importe quoi et l'on n'a plus conscience de la réalité. (L'épisode Chute Libre, premier de la Saison 3, peut s'en approcher).

    Cet épisode questionne donc à la fois la technologie et la société, et c'est le cas de toute la série. :]

    ~  Et voilà, c'est tout ! J'aurais encore des tas de choses à vous dire, mais je ne veux pas que vous fuyiez en voyant la taille de l'article x)

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 17 Avril 2018 à 16:21

    Je n'ai pas fuis. C'est clair que Black Mirror est une série préventive et engagée. Elle veux nous mettre en garde des dangers de la technologie et des réseaux sociaux, trop souvent mal utilisés et trop pris en compte. Le pire, c'est que nombreux sont ceux qui regardent cette série sans en comprendre le sens, en la regardant seulement comme une série mi-horreur mi-SF. Si seulement elle pouvait ouvrir les yeux à des gens haineux par les réseaux...

    Ton article est super soit-dit-en passant ! (heu... je sais pas comment ça s'écrit x) )

      • Jeudi 26 Avril 2018 à 15:05

        Woa, tu n'as pas fui, c'est magnifique ! Oui c'est ça, il y a des tas de gens qui ne comprennent pas la profondeur philosophique (et sociale) de cette série... Mais je pense qu'elle alerte tout de même, avec les moyens de la peur, de l'horreur parfois, cette série marque les esprits et fait quand même réfléchir ! En tout cas je suis d'accord, ce serait tellement bien que cette série - et d'autres sur le sujet - puisse vraiment interroger des gens qui sont rendus haineux par les réseaux u_u

        C'est juste sans les tirets ! Merciii beaucoup :')

      • Jeudi 26 Avril 2018 à 20:14

        Alors déjà, j'essaye de t'appeler en ce moment même. Sinon Oui tu a raison, par le biais de l'horreur, ils arrivent à alerter, c'est ce qu'ils font de mieux !

      • Jeudi 26 Avril 2018 à 21:33

        T'es marrante toi, quand je suis à un baby-sitting je ne fais rien d'autre, j'essaye de me concentrer sur mon 'travail' si tu veux u_u Je t'ai répondu sinon. Oui c'est ça :)

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